Reprendre son travail juste quelques jours après son congé de maternité : attitude héroïque ou trahison à la cause des femmes ?

Reprendre son travail juste quelques jours après son congé de maternité : attitude héroïque ou trahison à la cause des femmes ?

En 2009, Rachida Dati était revenue aux affaires 5 jours après la naissance de sa fille. En février 2010, Helen Wright, 39 ans, directrice d’une école, est retournée au travail à peine 7 heures après avoir accouché de son troisième enfant. Comme pour l’ex-Garde des Sceaux, certains parents ont désapprouvé la décision de cette anglaise, arguant qu’il ne s’agit pas d’un bon exemple et qu’elle dessert l’acquis social du congé de maternité. D’autres voient en Helen Wright un modèle de super maman et admirent son courage…

Mauvais exemple ?

Selon un sondage du Ministère de la Santé, 84 % des mères considèrent que le congé de maternité devrait « durer plus longtemps que les 16 semaines réglementaires » et seulement 4 % des mères d’un ou deux enfants ont pris un congé de maternité inférieur à 16 semaines, avec un arrêt moyen de 13 semaines. A l’instar de Sophie de Menthon, présidente du mouvement Ethic et P-dg de Multilignes Conseil qui avait déjà estimé que Rachida Dati en écourtant son congé, jouait la « superwoman » et « desservait la cause des femmes », beaucoup de femmes s’insurgent en voyant ainsi remis en question un droit conquis par le mouvement féministe. Pour Cynthia, mère de 38 ans, c’est la porte ouverte à de nouveaux abus : « Après notre ministre, voilà encore une personne qui n’a pas pris conscience qu’avec de tels exemples on pourrait faire reculer les lois sociales au détriment des mères qui ont besoin de repos après un accouchement ». Gaëlle abonde dans son sens : « Je crains que les employeurs  ne mettent en avant ces congés raccourcis pour suggérer à toutes les femmes s de faire de même ! ».

Prochaine étape, accoucher sur le lieu de travail ?

Au pays des deux enfants par femme et de l’enfant roi, cette attitude ne passe pas bien. Il est mal vu de sacrifier sa santé, son bonheur, l’équilibre de son enfant pour sa carrière. On renonce encore moins à des droits sociaux durement gagnés. C’est au monde professionnel de s’adapter à la maternité, pas à la femme d’opter pour sa vie de maman pour quelques dossiers qui ne sauraient attendre… « Ces congés n’ont pas été mis en place pour faire plaisir, mais pour des questions de santé, cette femme est irresponsable de préférer assouvir son désir de travailler plutôt que de s’occuper du bien-être son nouveau-né » réagit Julie, 32 ans, jeune maman. « C’est honteux ! La prochaine étape, c’est l’accouchement sur le lieu de travail ! Comme ça pas d’arrêt, il suffit d’une pièce, une demi-heure et hop ! En plus, on laisse directement le bébé à la crèche d’entreprise : quel monde merveilleux se profile pour l’avenir… » s’insurge Claudia, 45 ans.

Mère courage

D’autres saluent au contraire  le courage de l’anglaise Helen Wright pour avoir repris si vite. Isabelle Alonso, fondatrice des Chiennes de garde, avait rappelé en début d’année que « ce n’est pas une maladie. Partout dans le monde et depuis toujours les femmes ont accouché ET travaillé ». Elle pense que de tels exemples démontrent qu’il est possible de concilier carrière et vie de famillesans sacrifier l’une ou l’autre. D’autres femmes à de hauts postes ont en effet choisi de prendre peu de jours de repos après leur accouchement pour ne pas libérer leur place si chèrement conquise, à l’instar de Ségolène Royal (1992), Frédérique Bredin (1992)  et Florence Parly (2000). Ces femmes demandent que ce « choix personnel » soit respecté, d’autant qu’il ne remet pas en cause le congé de maternité.

Un congé de maternité plus long

La Commission européenne à l’Emploi et aux Affaires Sociales étudie actuellement le projet de directive visant à augmenter le congé de maternité de 14 à 18 semaines, avec un paiement du salaire plein pendant toute la période d’arrêt. L’objectif serait notamment de rendre plus fécond le ventre des Européennes. Pourtant, selon l’observation des taux de fécondité et la durée des congés des différents pays, un plus long congé maternité n’égale pas plus de bébés : plus les femmes sont incitées à s éloigner de l’emploi pour s’occuper des enfants, moins elles procréent ! Les femmes font plus volontiers des enfants lorsqu’elles ne sont pas dans l’obligation de choisir entre maternité et travail.

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