Quand Elisabeth Badinter veut cacher vos "roberts"
Après les récentes attaques de Madame Badinter contre la résurgence de l'image de la Mère, l'un des hommes de Maviepro.fr n'a retenu qu'une chose : le risque de moins voir de seins !
Je n'ai jamais rien lu d'elle, ni roman, ni essai, mais à travers ses prises de position publiques (et un peu pour des raisons physiques…), j'ai toujours eu un faible pour Elisabeth Badinter.
Certes, elle n'a pas fait légaliser l'IVG comme Simone Veil, ou abolir la peine de mort comme son mari Robert, mais quelque part entre les deux, sur les questions des droits de l'Homme, et plus particulièrement des femmes, elle m'a toujours semblé une voix qui compte dans l'observation de notre société. En tout cas, une voix que je considère.
Avec ses avis pas toujours consensuels, cette dame a pour moi le mérite de créer le débat, et d'attirer la réflexion sur des sujets que je ne voyais pas toujours venir, surtout pas cette fois.
Ainsi, ces derniers jours, vu le ramdam causé par la sortie de son ouvrage Le conflit, la femme et la mère (lire "Elisabeth Badinter contre la mère au foyer écolo"), je me suis surpris à m'interroger sur la question de l'allaitement.
Etranger au débat
Pas (encore) père, je dois bien avouer que depuis quelques dizaines d'années et mes premiers "biberons", dans mon cas "aréolés" et moelleux, je ne m'étais guère intéressé à la problématique de l'allaitement et n'imaginais pas que de nos jours, elle puisse faire polémique.
Dans le biberon, je vois une invention plutôt libératoire, pratique et massivement reconnue comme telle, bien que la température du lait ait l'air un brin complexe à maîtriser et que l'objet ait une fâcheuse tendance à tomber des poussettes.
Quant à l'allaitement au sein, qui à quelques reprises m'a confronté aux protubérances de copines, outre cette sympathique opportunité, je le considère comme un geste naturel et un choix personnel d'une partie des mamans. Pas de quoi fouetter un chat.
Tétée au bureau
Pas du tout hostile aux expositions mammaires, je verrais au contraire d'un bon œil que l'on introduise la tétée au bureau, non tant pour me permettre de reluquer les mamelons des collègues, que pour introduire sur le lieu de travail un peu d'humanité.
Oui oui, notamment dans les grands groupes, tels que l'agence Publicis dont Elisabeth Badinter est l'actionnaire de référence.
Pour cela, encore faudrait-il que les garderies se développent un peu plus en entreprise (le gouvernement vient d'annoncer des mesures allant dans ce sens, nous verrons).
A vrai dire, c'est plus sur ce terrain que j'aurais trouvé l'intervention de Badinter opportune. En effet, une fois n'est pas coutume, peut-être naïf ou trop loin du sujet, j'ai le sentiment qu' un peu maladroitement, elle a encombré la place publique d'un faux débat quand d'autres mériteraient bien que nos élites, a fortiori féminines, les portent.
Impuissance masculine
Il n'est pas fréquent, mesdames, que vos rotondités n'excitent que ma curiosité. Or, pour le coup pas du tout concupiscent, force est de constater que la vue d'un sein douloureusement chargé sous la chemise entrebâillée et les mordillements d'un bébé ont de quoi me laisser bouche bée.
Non pas que j'accorde une grande importance symbolique à cet acte, et encore mois que je rêve nostalgique à téter maman, mais comme la grossesse, le fait est que l'image me renvoie à l'une de mes incapacités viriles et par conséquent m'inciterait plutôt à l'humilité.
Un brin déstabilisante, mystérieuse, touchante, mais parfaitement neutre idéologiquement… jamais je n'ai perçu cette pratique comme quelque chose de rétrograde et d'avilissant pour la femme, mais comme une occasion très concrète de constater chez autrui un talent que je n'ai pas.
En ces temps où il est beaucoup question de voile intégral, ne vous méprenez pas sur mon propos. Je ne fantasme pas plus sur les tableaux de Vierge à l'enfant que sur les photos jaunies des nourrices d'antan, mais justement, en rien une mère qui allaite ne m'y fait penser.
Vu de mon balconnet
Si je fais le bilan des expériences de mes amies mamans, qu'elles aient vingt ans, qu'elles soient trentenaires, quadras ou quinquas à ce jour, la grande majorité d'entre elles semblent avoir choisi l'une ou l'autre forme d'allaitements en toute simplicité et tout à fait librement.
Bien sûr, l'avis de leur médecin a compté, de même tout bêtement que leur physiologie. Mais bien plus qu'une quelconque forme de culpabilité ou que l'idéologie du moment, elles se sont décidées en fonction d'un ressenti profond déconnecté de considérations morales.
Ainsi, si intellectuellement, je peux suivre et même être séduit par la théorie du naturalisme que développe Elisabeth Badinter, je n'ai pas constaté la pression sociale qu'elle décrit. Je ne nie pas que cela puisse exister. Mais à une petite échelle, il faut dire avec un entourage plutôt jeune, parisien et diplômé, le phénomène ne me semble pas du tout patent.
Les vrais problèmes des mamans
A contrario, tout n'a pas été rose dans la grossesse de mes amies. Qu'elles aient allaité ou non, étant entendu qu'aucune n'a seulement envisagé de cesser le travail plus longtemps que nécessaire, toutes ont été confrontées à d'innombrables problèmes pratiques, et pour certaines, à d'authentiques discriminations dans leur environnement professionnel.
Tout le monde le sait, il ne fait pas bon se dire enceinte pendant un entretien d'embauche. Et pour celles qui sont en place, une fois maman, le retour de congé maternité n'est jamais évident. Rétrogradées, placardisées… je vous épargne le récit de ce qui se produit dans trop de PME et de grands groupes.
A mon sens, l'idéologie que dénonce Badinter n'est qu'un faible mal au regard de ce que font subir les managements aux mamans. Les deux tendances cela dit ne sont pas en contradiction : l'une visant subrepticement à libérer des postes en cantonnant les dames à la maison, l'autre donnant un coup de frein sévère à la carrière des femmes actives.
Est-ce que notre société est si retorse ? Franchement, je n'en sais rien, mais j'avoue que je me sentirais plus rassuré, si quelques dispositions d'importance nous prouvaient le contraire.
Des crèches plus nombreuses et accessibles, des systèmes de garde en entreprise, avec pourquoi pas des pauses "allaitement" légales pour celles qui le souhaitent (en quelque sorte une goutte de lait dans la pause café), des aides plus consistantes pour favoriser les formes de garde alternatives, notamment à domicile, voilà mes préoccupations du moment.
Bien moins philosophe qu'Elisabeth, et bien moins actionnaire qu'elle (lire à ce sujet les attaques de Bakschich ou de Rue 89), mais peut-être plus souvent témoin des tracas des mamans "ordinaires", je pense - n'en déplaise à Madame Badinter - que pour améliorer le quotidien des mères, le combat demeure là.
(L'illustration de cette chronique provient du site de Sandrine Bonnin, photographie argentique)





01/04/2010 22:22
Cet article m'interpelle car je ne pense pas que Mme Badinter stygmatise les femmes qui allaitent. Elle parle du regard que la société et surtout le milieu médical porte sur les femmes qui ne veulent pas allaiter. Ma 2ème fille a 5 ans et demi et à sa naissance, je ne voulais pas allaiter car je n'avais pas eu de place en crèche donc je voulais reprendre le travail rapidement. J'ai été regardée comme un monstre par le personnel médical de la maternité quand j'ai annoncé mon intention de la nourrir au biberon. J'ai tellement eu de discours moralisateurs et de mauvaise volonté à me donner des biberons que j'ai cédé de guerre lasse. J'ai signé ma sortie au bout de 3 jours alors que je devais rester 6 jours à cause d'une césarienne mais je n'en pouvais plus. J'ai obligé un infirmier libéral qui venait chez moi pour mes soins à m'enlever tous mes points de suture. J'ai continué par la suite à allaiter car ma fille ne voulait du coup rien d'autre et j'ai été obligée de prendre un congé parental car il était impossible de lui donner un biberon et impossible de l'emmener sur mon lieu de travail pour l'allaiter. A mon retour, j'ai été placardisée car partie trop longtemps. Je n'ai jamais pu évoluer dans cette société.
Veut-on cela pour les femmes dans notre société ? Je précise que j'habite à Lyon intra muros, donc a priori une grande ville.
21/02/2010 03:36
Article qui a retenu toute mon attention....Article écrit par un homme!!!Chapeau!!!J'ai regretté, en lisant cet article fort intéressant et dont j'ai apprécié la structure de ne pas encore avoirlu le livre d'E.Badinter, je m'apprête donc à le faire pour affiner mon jugement, sans me laisser influencer par les articles de Bakschich ou de Rue 89...Pour l'instant, personnellement, je rejoins le rédacteur dans son analyse anti-macho qui me touche beaucoup, je le rejoins tout à fait dans le fait que "c'est un choix personnel et un geste naturel"..."Pas de quoi fouetter un chat"...Francine
19/02/2010 12:10
Bravo jeune homme, une analyse très fine de la situation réelle de la condition féminine en 2010 qu'un faux débat, fût-ce-t-il soulevé par une éminente dame ne doit en aucun cas et sous aucun prétexte être occulté. L'intelligentsia, semble privilégier le futile à l'utile !!!
Avis d'un bon quinquagénaire
18/02/2010 16:41
Pertinente remarque, merci ! Effectivement parmi mes connaissances, celles qui ont eu la chance de disposer d'une crèche d'entreprise vivaient toutes à Paris intramuros et relativement proche de leur lieu de travail.
Pour les quelques stations de métro ou de bus qu’ils avaient à faire, les uns et les autres n'utilisaient pas de poussette, mais portaient leur bébé en écharpe, contre leur ventre, à l'africaine.
Il n’empêche, sur le fond, vous avez probablement raison, dans les grandes agglomérations, la crèche d’entreprise n’est sans doute pas la panacée, ou en tout cas pas pour tout le monde.
18/02/2010 16:06
Au sujet des crèches d'entreprise, je crois que c'est une fausse bonne idée, du moins à Paris. Je ne m'imagine pas faire 45 min de métro avec mes deux filles le matin, métro bondé bien sûr, les laisser à la crèche, les récupérer à 18h30, reprendre le métro, arriver à 19h15, donner le bain, préparer le dîner, les faire dîner, préparer mon dîner et celui du papa qui ne rentre qu'à 21h... Je peux m'estimer heureuse de n'avoir que 45 min de transport pour aller au travail, la moyenne en Ile de France est sûrement bien supérieure. Imaginez des poussettes dans le RER A ou la ligne 13 aux heures de pointe ! Bref, à mon avis à Paris ce n'est pas envisageable.